Agriculture 2022 : de bons chiffres, mais un mauvais pressentiment

By | November 25, 2022

En collaboration avec la Chambre d’agriculture, CerFrance publie les derniers chiffres économiques de l’agriculture de la Haute-Marne pour la récolte. En moyenne, ils sont plutôt bons et pourtant le ressenti sur les courts est différent. Les agriculteurs craignent un retour de bâton entre des taxes plus élevées et des prix plus bas.

La récolte 2022 en Haute-Marne s’est soldée par un rendement moyen en blé de 67 q/ha, soit le même que sur cinq ans et deux quintaux de plus que la moyenne sur dix ans. L’exploit est à Grand Bassigny avec 75q, égal au record de 2020. La zone de montagne fait en moyenne 61q et la mauvaise performance vient du Barrois, qui a plus souffert de la sécheresse, avec 59q le pire chiffre en cinq ans. Sa moyenne sur dix ans est de 65 q.

Les prix élevés au lendemain de la récolte 2022 portent les céréales, mais pour combien de temps encore ?

Le colza se porte bien dans cette culture

Les raps sont encore plus performants et dans tous les domaines. La moyenne haut-marnaise pour 2022 est de 36 q/ha, alors qu’elle est de 27 q sur cinq ans et de 28 q sur dix ans. Ici aussi, le Grand Bassigny marque 41 q contre 33 sur dix ans. La Montagne est à 33q/ha contre 27 et le Barrois à 35q contre une moyenne décennale de 29q.

L’orge, en revanche, a tendance à décevoir partout (voir tableau ci-dessous).

Face à ces rendements, “un nouveau monde est en train d’émerger”, comme le rappelle la Chambre d’agriculture, avec l’énergie et les tensions autour de l’énergie (les carburants ont perdu 40% et les engrais ont triplé).

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Précision : Ces augmentations ont été observées avant l’invasion de l’Ukraine, et la guerre n’a fait qu’exacerber le phénomène. La transition énergétique, la transition climatique et la dépendance aux autres pays expliquent ce phénomène de surcoût avec la question de leur disponibilité dans les années 2023, 2024 et 2025, notamment dans le cas des engrais.

La chambre d’agriculture déclare que « la partie est jouée » pour 2022 et que les agriculteurs bénéficieront encore des prix de 2021. Pour les années suivantes, elle conseille « d’optimiser les achats, les dosages, les techniques et d’être économe ».

Le nouveau monde réside aussi dans les prix de vente des céréales et oléagineux qui atteignent des sommets extraordinaires. Trois raisons à cela : une offre mondiale limitée par rapport à la demande, le climat et le conflit de la mer Noire. Problématique : Les prévisions à court et moyen terme sont incertaines pour les mêmes raisons. Le colza, par exemple, est déjà passé de 840 €/t à environ 600 €. Le blé est désormais d’environ 320 € la tonne.

Prix ​​de vente élevés

La Chambre conseille donc de ne garder que des quantités marginales pour 2022 et de les vendre pour 2023 et 2024 en fonction du resserrement de la trésorerie et de la sécurisation des acomptes.

Concernant le prix de vente, Cer France a retenu 285 € la tonne pour le blé en 2022 et 270 € pour 2023 contre une moyenne de 169 € pour 2017-2021. L’orge d’hiver est à 270 € puis 260 € contre une moyenne sur 5 161 ans et le colza à 630 € puis 600 € contre une moyenne de 431 €.

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Cependant, compte tenu de l’augmentation des coûts, Cer France a entrepris une étude intéressante sur les trois prochaines années. Avec le blé, les agriculteurs dégagent un excédent de trésorerie moyen de 67 €/t avec un rendement de 60 q/ha. Le prix d’équilibre est de 218 €/t et le prix de vente retenu est de 285 €/t.

Le réel et le ressenti

Mais en 2023, avec de nouvelles hausses de prélèvements, le prix d’équilibre monte à 254 €/t, alors que le prix de vente devrait baisser à 270 €/t. L’excédent de trésorerie ne serait que de 16 €. Pire encore : en 2024 il serait de 254 €/t avec une majoration de redevance supplémentaire. Pourtant, 168 sont attendus, soit un déficit de trésorerie de 81. L’évidence pour le colza est encore plus claire, l’excédent de trésorerie s’effondrant à partir de 2023 compte tenu de la hausse des dépenses. En 2024 le prix d’équilibre devrait être de 688 €/t, la prévision est de 434 €/t. Seul espoir : que les prix des engrais et du carburant baissent et/ou que les prix du blé ou du colza se maintiennent dans le temps.

Pour les céréales et le lait (lire ci-contre), les agriculteurs n’ont pas immédiatement le sentiment que 2022 sera une bonne année. Par exemple, il suffit que vous ayez à commander votre fumier ou vos aliments pour animaux, dont les prix explosent, pour voir votre trésorerie chuter. Certains n’ont même pas l’argent pour commander. Ainsi CerFrance, comme la météo, fait la différence entre la notion de résultat réel et de résultat perçu. Il suffit du vent pour tout changer…

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Frédéric Thévenin

De plus grandes préoccupations concernant le lait et la viande

Comme les céréaliers, les éleveurs ont également souffert d’une forte augmentation des coûts, notamment pour l’alimentation animale. Cer France prévoit des céréales depuis plusieurs années et il semble que le système ne fonctionnera que si le prix du lait reste à un niveau très élevé.

En 2022, le revenu nécessaire pour couvrir les coûts est de 420 €/t. Cependant, ce sera probablement 430 pour un excédent de trésorerie de 10 €/t au final. Plus maintenant. En 2023, le prix du lait doit donc baisser avec la hausse des taxes au moins à partir de 470 €/t. Cependant, Cer France anticipe 430 €, soit un déficit de liquidité de 37 €/t. L’organisation n’a même pas tenté de dessiner des perspectives pour 2024…

L’avenir de la production laitière est incertain compte tenu des pressions croissantes.

A noter que la situation des producteurs de viande est encore plus compliquée. Malgré la hausse des prix, ils ne gagnent pas plus et à partir de 2023 moins.

Bien sûr, toutes ces tendances varient d’une ferme à l’autre. Il ne faut pas grand-chose pour perdre beaucoup : une laiterie qui paie moins pour le lait, commande des aliments au mauvais moment, vend des céréales à une date ultérieure ou achète des engrais au pire moment possible.