“Appauvrir notre mémoire olfactive, c’est appauvrir notre registre émotionnel.”

By | September 10, 2022

Joël Candau, anthropologue des odeurs, à son domicile du Beausset (Var), le 7 septembre 2022.

Joël Candau, anthropologue olfactif, est professeur émérite au Laboratoire d’anthropologie et de psychologie cognitives et sociales (Université de la Côte-d’Azur). Il est notamment l’auteur de Mémoire et expériences olfactives : Anthropologie d’un savoir-faire sensoriel (PUF, 2000).

On estime que la moitié des personnes ayant contracté le Covid-19 en 2021 souffraient d’anosmie, c’est-à-dire de perte d’odorat. De quel mécanisme physiologique parle-t-on ?

L’odorat est un événement mental. Une expérience olfactive se décompose en trois étapes. Il faut une source odorante, que ce soit une fleur ou une usine chimique… A partir de cette source, un grand nombre de molécules odorantes vont se déplacer dans l’atmosphère, dont on ne sentira que celles qui ont une certaine masse moléculaire – entre quelques dizaines et quelques centaines de daltons Ces molécules sont absorbées au niveau de l’épithélium olfactif, une zone qui tapisse l’intérieur de nos fosses nasales.

À ce stade, nous traitons soit l’information : à partir des neurones et des récepteurs olfactifs de l’épithélium, le message voyage à travers un tissu osseux appelé l’ethmoïde, qui est criblé de trous permettant aux axones d’atteindre le bulbe olfactif. Les informations sont analysées et encodées avant d’être envoyées à plusieurs zones du cerveau. On a alors une sensation, l’odeur. Soit on ne traite pas cette information, c’est de l’anosmie.

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En quoi la pandémie de coronavirus était-elle atypique ?

L’anosmie est un phénomène courant. Tout individu peut être anosmique à une ou plusieurs molécules odorantes. Ce qui rend l’anosmie causée par le coronavirus spéciale, c’est sa nature massive. Le patient peut perdre tous ses sens. Une étude publiée dans Science Médecine translationnelle en mai 2021 décrit les mécanismes de ce dysfonctionnement : L’épithélium olfactif en particulier est un site d’infection important pour le SARS-CoV-2 Neurones olfactifs, cellules de soutien et cellules immunitaires.

Le marché des déodorants a chuté drastiquement entre 2020 et 2021, selon Nielsen, les télétravailleurs ayant divisé par deux leurs achats d’hygiène beauté par rapport au Français moyen. Quel rapport avons-nous avec notre propre odeur ?

Stercus cuique suum bene olet (“Tout le monde aime l’odeur de son fumier”), écrit Montaigne dans le Essayer (III, 8). La plupart du temps, notre odeur personnelle ne nous dérange pas, mais nous savons par expérience avec celle de notre entourage qu’elle peut déplaire aux autres. Si la vie sociale est normale, peut-être sommes-nous culturellement habitués à masquer notre odeur par l’utilisation de cosmétiques. Mais dans un contexte de captivité, cela ne nous semble plus indispensable.

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