Avec l’inflation, il devient de plus en plus difficile de manger sainement

By | November 20, 2022

Avec la hausse des prix, la bonne nourriture est devenue un luxe que certains ne peuvent plus s’offrir. L’augmentation des prix alimentaires, mais aussi du coût de la vie en général, fait craindre une dégradation de la qualité nutritionnelle de nos repas.

“On fait déjà ce qu’on peut pour remplir l’assiette avant de voir si c’est équilibré” : l’inflation pesant particulièrement sur les plus petits portefeuilles, certains Français se débattent entre des légumes inabordables et le retour de la malbouffe diététique.

Catherine Garnier, 39 ans, soupire devant son caddie « deux fois moins rempli qu’avant » : « J’ai pris moins de légumes et de viande, plus de pâtes et de pommes de terre ». Aussi, se passer des quelques produits bio dont elle s’offre parfois.

Du nouveau dans le panier cependant : un pack de pizzas surgelées, “avant on les faisait à la maison”, explique la maman de trois enfants en région parisienne, “mais maintenant les ingrédients sont trop chers, c’est plus intéressant d’acheter du tout prêt “.

“Ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux pour la nourriture, mais on fait ce qu’on peut pour remplir l’assiette”, soupire l’employé de la mairie, qui pense toujours avoir “un salaire décent”.

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L’inflation, notamment alimentaire (+12 % sur un an en octobre selon l’INSEE), risque de détériorer la qualité de l’alimentation française.

précarité

Nicole Darmon, directrice de recherche à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), s’inquiète notamment de la baisse de la consommation de fruits et légumes, indispensables à une alimentation équilibrée mais “tous deviennent chers” (+33,9). 2019). % en octobre sur un an pour les légumes frais).

Le nutritionniste explique que cette catégorie d’aliments a longtemps été le véritable marqueur du “statut socio-économique” des consommateurs, qui échappe le plus souvent aux moins nantis, “et ne pense pas à la viande”. Mais que celle-ci “augmente” avec l’inflation. menace.

“Lorsque nous sommes soumis à de fortes contraintes budgétaires, nous sommes plus susceptibles de nous tourner vers des sources de calories à faible coût comme les féculents raffinés – pâtes, riz, pain blanc – et les aliments gras et sucrés”, explique-t-elle à l’AFP, au risque de ne fournissant pas tous les “nutriments protecteurs.” – Fibres, vitamines, minéraux acides gras essentiels – dont le corps a besoin.

“On sait qu’avant même la crise sanitaire et économique, la malbouffe est clairement un signe de précarité, mais l’inflation exacerbe ce problème”, prévient Karine Jacquemart, directrice de l’association Foodwatch France.

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Les Français précaires consomment déjà “beaucoup trop d’aliments ultra-transformés, souvent pauvres en nutriments et en fibres mais beaucoup trop riches en sucres cachés”, ajoute-t-elle.

Le directeur de Foodwatch France, qui appelle à plus de transparence sur les prix et les compositions, prévient également : “Avec la hausse des prix de certains ingrédients, il y a un risque que les industriels soient tentés de les remplacer encore plus ‘par des substituts moins chers’.

“l’inflation bon marché”

Remplacer “certains produits de base par des substituts moins chers” s’appelle “cheaflation”, contraction de “bon marché” (“bas de gamme”) et “inflation”, explique à l’AFP John Plassard, expert en macroéconomie chez Mirabaud.

Cela consiste, par exemple, à mettre moins de crème – “l’ingrédient le plus cher” – dans une glace, à remplacer le chocolat par des arômes de chocolat ou encore à réduire la teneur en fromage du parmesan, “en ajoutant des substituts de bois, qui sont tout à fait permis mais absolument insipide », explique M. Plassard.

Cette pratique assez nouvelle, venue des Etats-Unis, a aussi un impact en Europe et “risque d’amplification du fait de l’inflation”, dit-il, car “c’est quelque chose qui permet aux grandes marques de maintenir leurs marges”.

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Mais “le risque numéro un” pour le consommateur “est la dégradation de son alimentation” face à des produits “nettement moins digestes et souvent beaucoup plus riches en matières grasses”, prévient-il. “L’inflation n’est pas seulement un chiffre, elle a un impact sur les salaires, mais aussi sur la qualité de la nourriture.”

A plus long terme, selon Nicole Darmon, l’inflation risque aussi d’accroître “les inégalités sociales de santé liées à l’alimentation” et de laisser les plus pauvres “moins bien protégés des maladies cardiovasculaires et des cancers”.

Afin de “rééquilibrer l’alimentation sans déstabiliser le foyer”, l’experte en nutrition conseille de “réduire les quantités de viande pour pouvoir introduire plus de fruits et légumes” ou d’utiliser des “produits intermédiaires intéressants” comme les laitages ou les œufs. Et appelle à une solution à l’échelle nationale, comme la création d’une “sécurité alimentaire sociale”.