Benoît Debbané et Wissam Eid, deux coqs en mode flower power ?

By | November 20, 2022

Le premier – que la plupart d’entre vous reconnaîtront – porte presque les initiales du métier : BD comme Benoît Debbané, peintre, illustrateur et… dessinateur satirique fidèle aux 4 cases. Il les offre tous les lundis aux lecteurs de L’Orient-Le Jour pour les amuser avec leurs propres souvenirs. Originaire du street art, il a plusieurs expositions personnelles dans des galeries au Liban et en France à remercier.

Wissam Eid devant l’un de ses tableaux Les Extatiques (acrylique sur toile ; 130 x 130 cm). Photo RD

Le second a été nourri de figurines Grendizer (son père possédait la franchise Liban). Avant de découvrir Picasso, Pierre Alechinsky, Lee Krasner et le collectif Cobra… Et Wissam Eid, qui se lance dans une peinture inspirée du doodling (un type de dessin qui se gribouille spontanément en passant la main). Depuis, il mène une double vie. « Je suis un artiste et je dirige une entreprise de sécurité en même temps. Dans ma tête, c’est toujours un bras de fer entre mes deux personnalités, comme une sorte de combat de coq permanent », confie-t-il. D’où la récurrence de cette figure de poulet dans ses tableaux.

Ces deux-là se sont retrouvés… dans la même quête artistique. Celui d’une expression libre qui s’affranchit courageusement du carcan des courants normatifs actuels en art.

En attendant de former « le collectif expressionniste/mouvement street style » dont rêve Benoît, ces deux artistes aux allures similaires se réunissent pour présenter en duo leur dernier travail. Son exposition, intitulée “Flower Power”, se déroule jusqu’au 26 novembre dans les locaux de Rebirth Beirut, l’association qui œuvre pour éclairer les rues de la capitale et à laquelle sont reversés 20% du produit de la vente de ses toiles.

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“Roses en pot” de Benoît Debbané (111 x 77 cm / acrylique sur bois). Photo RD

“Le pouvoir des fleurs”. Le titre convient à l’esprit psychédélique qui émane des peintures des deux. Des peintures qui sont aussi riches en fleurs… caustiques. Des orchidées et des bouquets de roses ou de tournesols, tantôt sortant d’une pile, tantôt d’un bidon d’essence, d’une cocotte-minute ou encore d’un panier sous le pinceau de Benoît… Et des fleurs dans un vase gracieusement fané en Wissam, que l’on a même retrouvé dans une broderie une version trouvée au point de croix par sa mère Gilda Eid.

Une série d’œuvres (à l’acrylique, parfois renforcées de touches de fusain et d’huile au crayon chez Debbané) qui expriment finalement une forme de “résistance passive à la violence sous toutes ses formes”, suggèrent avec un zeste d'(auto-)moquerie les deux complices. Cela a incité les OLJ à en apprendre un peu plus sur leurs univers respectifs. En trois questions.

Comment définiriez-vous la peinture de l’autre en trois mots clés ?

BD : La peinture de Wissam est organique, folle et pétillante.

WE : Celui de Benoît est visuellement très attractif, très riche en symboles, signes et caractéristiques et finalement assez unique. Benoît ne cherche pas à ressembler aux autres artistes et c’est ce que j’apprécie chez lui.

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Trois similitudes entre vous deux ?

BD : Tout d’abord, nous avons le même parcours d’artistes commerciaux (formés par Alba) et la même passion d’enfance pour la bande dessinée et les personnages illustrés. Ce qui fait de nous de purs produits d’illustration transformés en couleur. Alors nous sommes à la fois satiriques et cinglants. Et finalement on partage la même démarche, qui n’est pas de concevoir une image mais d’y aller spontanément, un peu comme des enfants, sans filtres. Nous mettons tous les deux sur la toile tout ce qui nous vient à l’esprit dans une sorte d’enchevêtrement de lignes, de formes et de couleurs. Wissam griffonne aussi, ce que j’ai moi-même beaucoup pratiqué. En fait, c’est comme si nous mettions toutes nos pensées dans nos images.

NOUS : Nous avons une utilisation étonnamment comparable de traits noirs audacieux, représentant toujours des figures organiques confuses, des couleurs vives, ainsi que des représentations d’objets et de personnes pas nécessairement esthétiques, parfois “laids” selon les normes esthétiques d’aujourd’hui et toujours dans un “beau désordre” . .

“Table Stuff” (107 x 107 cm) de Wissam Eid : street art repris au point de croix par la mère de l’artiste. Photo RD

Trois choses (messages/sentiments/émotions) que vous souhaitez transmettre aux visiteurs de l’exposition ?

BD : Je veux avant tout leur offrir une certaine euphorie et un dépaysement visuel qui les sortent de la myriade de soucis quotidiens. Même si je les défie aussi sur des questions écologiques et environnementales dans la série Botanical Paintings. En peignant des bouquets mêlés à des biens de consommation controversés, comme ceux des grandes marques qui laissent les enfants confectionner leurs vêtements, ou ceux de l’industrie pétrolière extrêmement polluante, j’entre dans le militantisme à ma manière (rires).

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WE : Il n’y a pas de message de ma part. C’est juste une expression personnelle. Une sorte d’évasion du stress, portée par l’envie de faire quelque chose de sympa…

“FLOWER POWER” de Benoît Debbané et Wissam Eid, jusqu’au 26 novembre au Rebirth Beirut, Gemmayzé. L’exposition est présentée sous la direction d’Alia Matar Hilal (The Gallerist).

Le premier – que la plupart d’entre vous reconnaîtront – porte presque les initiales du métier : BD comme Benoît Debbané, peintre, illustrateur et… dessinateur satirique fidèle aux 4 cases. Il les offre tous les lundis aux lecteurs de L’Orient-Le Jour pour les amuser avec leurs propres souvenirs. Issu du Street Art, il a plusieurs…