Compléments alimentaires, huiles essentielles… Ces faux remèdes pour ne pas tomber malade en hiver

By | November 23, 2022

Les médecins mettent en garde contre certains faux médicaments qui protégeraient contre le rhume, la bronchite et autres infections des sinus.

Avec le retour du rhume, certains anticipent déjà l’arrivée des maladies hivernales. Et armez-vous d’une pharmacopée prétendument préventive : compléments alimentaires, vitamines, régime à la propolis ou aux huiles essentielles dans l’espoir d’échapper aux rhinopharyngites, bronchites, sinusites et angines saisonnières… Mais est-ce vraiment efficace ? Nous avons posé la question à deux médecins.

• Les compléments alimentaires, un « effet placebo » ?

« Boost immunitaire », « Body boost », « Défense immunitaire »… Les compléments alimentaires qui servent à « booster » ou « stimuler » la défense immunitaire sont légions, sous forme de comprimés, de gommes ou de gouttes : plus de la moitié des Français la population l’a déjà pris, selon un sondage Opinionway. Et le marché est en croissance : +6% en 2021, désigne le Syndicat National des Compléments Alimentaires.

Ses composants sont variés : à base de mélatonine, de poudre de rose clair, d’extrait de pavot de Californie et de mélisse par exemple, pour ceux qui promettent un meilleur sommeil ; Vitamine B6, B8, Zinc et Acide Hyaluronique pour ceux qui prétendent renforcer les cheveux ; ou caroube, tiges de cerise, chrome et ascophylle pour ceux qui cherchent à réduire leur apport en matières grasses.

Ces compléments alimentaires sont définis par le ministère de la santé comme « des aliments destinés à compléter un régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances à effet nutritionnel ».

Mais “aucune n’a montré d’efficacité au-delà de l’effet placebo”, prévient le médecin de famille Corentin Lacroix. Sinon, “on prescrirait une pelle”, explique l’auteur de WhyDoc, une chaîne YouTube récompensée par l’Académie de médecine pour la pédagogie de son contenu.

Le ministère de la Santé rappelle également que “les substances qui composent les compléments alimentaires n’exercent pas d’effet thérapeutique et ne sont pas destinées à prévenir ou guérir une quelconque maladie”.

Corentin Lacroix s’inquiète également d’éventuels “cocktails” de compléments alimentaires pris en même temps : un premier pour le système immunitaire, un second pour la repousse des cheveux ou la qualité de la peau et un dernier pour favoriser le sommeil. “C’est très bien fait d’un point de vue marketing”, note-t-il pour BFMTV.com. “Mais il y a un vrai risque à en prendre trop et à se dire que ce sera bon pour la santé. Toutefois, ce n’est pas necessairement le cas.”

See also  Les 5 accidents domestiques les plus fréquents chez nos animaux de compagnie et les solutions pour les éviter

• Les vitamines, “inutiles” ?

Une cure de vitamine A, C ou E pour l’hiver ? Un complexe multivitaminé et minéral pour se glisser entre les mailles du filet des virus ? C’est “inutile”, estime Boris Hansel, endocrinologue et nutritionniste à l’hôpital Bichat, qui prend la vitamine C en exemple. “La carence en vitamine C est totalement prévenue par l’alimentation si on suit les recommandations”, assure-t-il à BFMTV.com. “D’autant plus qu’on ne le sauve pas.

L’apport de vitamine C est essentiel : elle participe à la transmission nerveuse, joue un rôle protecteur dans les tissus et facilite l’absorption du fer non héminique, explique l’Anses. Mais le professeur de médecine recommande un kiwi ou deux avec un agrume pour répondre à vos besoins quotidiens en vitamine C, soit 110 mg par jour, plutôt qu’une pilule de 1000 mg comme le suggèrent certains produits.

“Un complément alimentaire pris du coup n’a pas les mêmes effets qu’un aliment qui est une combinaison de micronutriments”, explique-t-il, mettant en garde contre les surdosages, notamment en cas de vitamine E – aux propriétés antioxydantes – ou d’un supplément de calcium ou de fer non négligeable. , si ce n’est pas nécessaire.

“Se dire qu’on va prendre des vitamines pour passer un meilleur hiver est une chimère. Si c’est pris sur un mois, il n’y a aucun risque et aucun gain.”

A l’exception de la vitamine D, souligne Boris Hansel, qui lui a consacré une vidéo : « Selon l’Anses, la majorité des Français n’en consomment pas assez. Or, il est particulièrement important de fixer le calcium et le phosphore notamment dans l’organisme, rappelle encore l’agence.

See also  Combien de temps pouvons-nous vivre sans eau ?

• Gelée royale, propolis, pollen… “marketing” ?

Gelée royale, propolis ou cures de pollen pour chasser les germes et renforcer les globules blancs ? En ampoule, pure ou en chewing-gum ?

“Marketing”, souligne encore le docteur Corentin Lacroix. “Le miel seul peut avoir peu d’effet sur une toux sèche persistante”, estime-t-il, même s’il devrait être évité chez les enfants de moins de 1 an en raison du risque de botulisme. “Et attention au pollen, qui peut être allergisant”, ajoute-t-il.

Pour l’endocrinologue et nutritionniste Boris Hänsel, le seul avantage de ces cures est que les patients prennent soin d’eux-mêmes. “Et quand ils prennent soin d’eux, ils font plus attention à ce qui les fait se sentir bien”, note-t-il. “Donc, si quelqu’un a envie de manger une cuillerée de miel ou de gelée royale tous les matins, c’est moins nauséeux, tant mieux.”

• Les huiles essentielles, inefficaces contre les maladies saisonnières ?

Ravintsara, eucalyptus, tea tree, niaouli ou cinnamosma… Certains ne jurent que par les huiles essentielles, auxquelles ils attribuent des propriétés antivirales, immunostimulantes ou encore antibactériennes. Le docteur Boris Hänsel met en garde : “Il n’existe aucune preuve scientifique de l’efficacité des huiles essentielles dans les maladies saisonnières.”

D’autant plus qu’ils peuvent être potentiellement toxiques. examen Prescrire attire l’attention sur le sujet et rappelle les risques d’intoxication aiguë, notamment par ingestion, qui peuvent aller des troubles digestifs et neuropsychiques à l’insuffisance rénale et aux atteintes hépatiques.

Boris Hansel incite également à la vigilance quant au contenu de ces huiles essentielles, notamment pour les femmes enceintes ou les enfants. « Il ne faut rien prendre », insiste-t-il.

L’Anses a également mis en garde contre les vaporisateurs et diffuseurs d’huiles essentielles, signalant des cas d’irritation et considérant que ces produits pourraient dégager des composés organiques volatils qui “pourraient être une source de pollution de l’air intérieur”. L’agence a également averti que les compléments alimentaires contenant des huiles essentielles d’arbre à thé, de niaouli et de cajeput présentent des risques neurologiques, cancérigènes, génotoxiques et potentiellement reproductifs.

• Gestes de blocage, la meilleure prévention

Pour Corentin Lacroix et Boris Hansel, certains gestes sont effectivement efficaces pour ne pas tomber malade : “Ce sont tout simplement des gestes barrières”, rappelle le premier. “S’aérer, se laver les mains, tousser dans les coudes et porter un masque sont nos meilleurs alliés”, souligne-t-il. Boris Hansel ajoute également le sommeil et l’activité physique à la liste.

« C’est scientifiquement prouvé : un mauvais sommeil affaiblit le système immunitaire. Et nous savons que l’activité physique prévient de nombreuses maladies. C’est vraiment efficace pour ne pas tomber malade.

Si Corentin Lacroix recommande le régime méditerranéen pour rester en bonne santé, notamment en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires, aucune consommation quotidienne de fruits ou de légumes n’empêchera un rhume.

Sur ce point, ce médecin youtubeur s’inquiète aussi d’une certaine vision rigoureuse de l’alimentation. “Certains patients se soumettent à tellement de restrictions alimentaires pour rester en bonne santé qu’ils tombent dans ce qu’on appelle l’orthorexie.” Un trouble du comportement alimentaire lié à la qualité des aliments ou à une alimentation saine devient une obsession.