construire ou rénover ensemble

By | November 22, 2022

Un entrepreneur général du quartier Saint-Sulpice se démarque de tous les autres au Québec : c’est une coopérative! C’est pourquoi la Coop Maître d’Oeuvre réalise ses projets de construction ou de rénovation en solidarité.

Au début des années 2000, Mathieu Riendeau fonde la Coopérative les ViVaces, spécialisée dans les arts et l’éducation; une façon pour lui de relever les défis liés au développement durable. Puis il est passé à une coopérative et est devenu formateur pour d’autres coopératives d’habitation.

« J’ai vite remarqué qu’il y avait un énorme besoin de savoir-faire et de ressources en rénovation au sein des coopératives », raconte-t-il. C’est pourquoi il a acquis sa licence d’entrepreneur général après la création de la coopérative Maître d’Oeuvre, car il est plus facile de transformer un coopérateur en entrepreneur général que de faire l’inverse, souligne-t-il.

« Le plus grand défi en rénovation est de gérer les imprévus : les clients ont besoin de savoir où ils vont, mais une fois les murs ouverts, les surprises surgissent », ajoute M. Riendeau. Donc un comble pour l’entrepreneur : il doit pouvoir revoir le cadre initial sans perdre la relation de confiance avec son client. Et lorsqu’il y a asymétrie de compétences entre client et entrepreneur, cela devient particulièrement compliqué. L’entrepreneur doit alors conseiller et même former le client sur les réalités des codes du bâtiment, des techniques de construction, des matériaux….

Maître d’Oeuvre offre ainsi tous les services qu’offre habituellement un entrepreneur général. La coopérative a été fondée en 2019 et compte une vingtaine de membres. Il joue le rôle de chef d’orchestre, avec des membres tels que charpentiers, menuisiers, peintres ou plâtriers et des ouvriers extérieurs, maçons ou couvreurs.

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À terme, plusieurs membres de la coopérative entendent obtenir leurs licences de spécialistes, notamment dans les secteurs de la plomberie et de l’électricité, pour mieux intégrer et gérer les opérations. L’équipe est déjà composée de personnes Multitâche et créatif.

Depuis sa création, la coopérative a doublé son chiffre d’affaires annuel chaque année. Il s’élève maintenant à 2,5 millions de dollars. Et la demande est là, notamment de la part des OBNL, un secteur qui a été ciblé pendant la pandémie puisque la COVID a incité la Société d’Habitation du Québec à suspendre temporairement le financement des contrats de rénovation de logements publics.

Abordabilité du logement

Maître d’Oeuvre s’occupe principalement des coopératives d’habitation et des OBNL. Mais depuis peu elle dessert aussi les petits propriétaires qui habitent leur maison individuelle ou un petit immeuble.

« Nous attirons des gens qui veulent faire les choses différemment, poursuit M. Riendeau. Nous ne sommes pas dans le marché du luxe comme Westmount. Nous voulons obtenir des logements abordables. Nous voulons faire une différence dans la société. »

Ce dernier ajoute que les entrepreneurs en veulent souvent toujours plus. Mais pour Maître d’Oeuvre, il est important que les gens du commun soient bien logés, abordables et aient leur mot à dire dans la prise de décision, tout en améliorant la performance environnementale des travaux.

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Car une autre préoccupation de la coopérative est l’optimisation des chantiers d’un point de vue écologique. Sans exploser les coûts, il est possible de lutter contre le gaspillage et de valoriser certains matériaux. Car l’industrie de la construction est connue pour se soucier très peu du respect de l’environnement.

“Il s’agit souvent de petits gestes qui ont de grandes conséquences”, poursuit-il. Par exemple, dans une cuisine, si les armoires en chêne massif sont en bon état, nous suggérons de conserver la structure et d’installer de nouvelles portes, charnières et poignées. Au final, nous avons réduit les déchets… et les coûts pour le client. »

De grandes ambitions

Les membres de la Coop Maître d’Oeuvre veulent diffuser leur concept dans toutes les régions du Québec et même à travers le pays.

L’idée est de mettre en place une douzaine de cellules dans autant de régions du Québec sur une période de dix ans, encadrées par une fédération. Le plan est piloté avec des partenaires de l’économie sociale.

« L’objectif est d’augmenter le nombre de chantiers sécuritaires et inclusifs gérés par des coopératives, poursuit M. Riendeau. Personne ne détient notre avance dans ce domaine. Avec les dirigeants locaux croyant en cela, l’offre de services coopératifs pourrait être proposée n’importe où. »

Plus de femmes

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L’industrie de la construction n’est pas très diversifiée. Il a du mal à attirer des immigrants et des femmes. La coopérative a donc développé un programme de formation pour les entrepreneurs qui souhaitent changer la culture de leurs chantiers afin de les rendre plus inclusifs, ainsi que pour les clients afin d’accroître leur responsabilisation face aux réalités des travaux de rénovation, notamment pour permettre à plus de citoyens posséder un bien immobilier.

La coopérative a également lancé un projet pilote intitulé Boots & Screwdrivers en collaboration avec la maison d’Haïti. L’objectif est de permettre aux femmes migrantes de recevoir une formation professionnelle leur permettant d’entrer dans le secteur de la construction. Le projet en est encore à ses balbutiements.

Stéphane Desjardins

L’article original est accessible ici