Droit à l’image des Bleus : “Le football devient l’un des sports les plus individuels”

By | September 20, 2022

“Le football a changé”. En juin 2022, Kylian Mbappé, interrogé sur ses problématiques de gestion d’image et de parrainage, prévient à nouveau qu’il faut lui faire confiance pour faire entendre sa voix sur la question du droit à l’image collective. Après le refus renouvelé de l’attaquant du PSG de participer à une campagne marketing, le 19 septembre au soir, la Fédération française de football (FFF) a annoncé sa volonté de révoquer l’accord sur les droits à l’image auquel il est lié « afin de réviser le plus tôt possible”. le blues

Après une première dispute en mars sur l’utilisation de l’image des joueurs de l’équipe nationale, une convention que Kylian Mbappé et ses agents veulent changer, les deux parties s’étaient rencontrées mais n’avaient pas réussi à trouver un accord. Par la déclaration de lundi à L’équipe Le président de la FFF, Noël Le Graët, a fait rallumer la mèche que “rien ne changera avant la Coupe du monde”. Kylian Mbappé a décidé de ne pas participer à la séance photo prévue mardi.

La menace de boycott a rapidement porté ses fruits : la fédération a annoncé qu’elle “travaillait sur les grandes lignes d’un nouvel accord qui lui permettrait de sauvegarder ses intérêts tout en tenant compte des préoccupations et convictions légitimes unanimement exprimées par ses joueurs”. Kylian Mbappé a donc bien participé aux opérations marketing ce mardi lors du stage des Bleus. Avec L’Express, Pierre Rondeau, économiste du sport, professeur à la Sports Management School et co-auteur du livre Grande salle de pied (Solar Editions), analyse cette convention, imaginée en 2010, et explique pourquoi l’attaquant de 23 ans souhaite conserver les choix de marque auxquels son image est associée.

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

L’Express : Qu’est-ce que c’est que cet accord collectif sur le droit à l’image entre l’équipe de France de football et la FFF ?

Pierre Rondeau : Ce L’accord actuel a été renégocié en 2010 suite à l’épisode de Knysna lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud. L’idée à l’époque était de dire que c’était un honneur de jouer pour les Bleus et que les Bleus devaient se plier aux souhaits de l’équipe de France et de la FFF dans la mesure où le football professionnel avait été chamboulé par cet épisode. Il faut montrer que le football professionnel soutiendra le football amateur et le football féminin par une plus grande redistribution, comme les contributions au fonds du football amateur.

See also  La rencontre entre le président du Nîmes Olympique et les supporters du club devient un dialogue de sourd

La FFF s’est jusqu’à présent occupée de la négociation et de l’application de ces contrats, partant du principe que le soutien apporté aux joueurs de l’équipe de France était automatique et qu’ils n’avaient donc pas leur mot à dire. En d’autres termes, une sélection entraînait automatiquement le transfert de tous les droits d’image du joueur sélectionné. Cela a permis à l’équipe de France de s’associer et de sponsoriser des marques avec des sommes colossales pour le compte de ses joueurs. A noter que l’exploitation de l’image commence dès la première sélection et se poursuit jusqu’à 5 ans après le départ d’un joueur de l’entreprise. Le budget total de la FFF pour la saison 2020-2021 est de 266 millions, dont 41,6% de revenus grâce au parrainage de partenaires. C’est donc un retour financier non négligeable.

En mars dernier, Kylian Mbappé a remis en question ce processus et a décidé de ne plus être associé à certaines marques qu’il jugeait peu éthiques, dans les secteurs de la restauration rapide et des paris sportifs. (NDLR : parce que ces marques ne font pas la promotion d’une alimentation saine chez les jeunes, et parce qu’elles encouragent le jeu en ciblant les jeunes des quartiers populaires, deux causes qui lui tiennent à cœur). Avec sa menace de boycott et sa notoriété, il a su changer les choses. L’équipe de France et la FFF vont donc signer rapidement un accord accordant aux joueurs le droit de revoir les choix des marques. Rappelons qu’il existe plusieurs autres accords, par exemple entre un joueur et son club – le joueur cède son image au club, qui négocie sa visibilité pour des contrats de sponsoring et des accords commerciaux – ou encore un accord collectif entre le syndicat des joueurs et le Joueur.

See also  Le GF38 gagne dans un match fou !

L’accord actuel a donc dû être modifié ?

Nous pouvons apporter des nuances. Car au-delà de la question éthique il y a celle des gros sous. Selon le journal L’équipe, Dans la nouvelle convention collective, les joueurs auraient un droit de contrôle sur le choix de la marque et, au-delà de la question éthique, il serait vérifié au préalable si ces marques potentielles n’entrent pas en conflit avec les marques directement associées au joueur dans son contrat individuel. . Par exemple, si un joueur a signé un contrat avec McDonald’s, serait-il bienvenu que l’équipe de France signe un contrat avec KFC ?

De plus, d’un point de vue purement comptable, avec ces nouvelles couvertures, il existe un risque futur de décote sur un contrat de sponsoring. Par exemple, si des joueurs refusent d’associer leurs images à des sites de paris sportifs ou de restauration rapide pour des raisons éthiques ou religieuses, on risque de réduire les offres de partenariats avec l’équipe de France et d’évaluer ensuite les accords de sponsoring pour réduire et donc la remise sur la FFF budget et finalementpar effet d’entraînement, cela pourrait conduire à une réduction des parts allouées au football amateur et féminin.

Alors, un véritable renversement a-t-il lieu à la fin ?

Ce n’est pas une révolution, mais une confirmation du renforcement de l’individualisation du football que l’on observe depuis des années : le football 2.0, qui cohabite avec les réseaux sociaux. A mon avis, le premier à avoir confirmé ce phénomène de contrôle de son image devant le club et l’équipe nationale a été David Beckham au début des années 2000. Ce phénomène s’est intensifié avec les réseaux sociaux : désormais un joueur peut passer par Instagram. Snapchat, Facebook et Twitter pour imposer son image et sa visibilité avant de passer par les médias et son club.

On peut aussi rappeler que Zlatan Ibrahimovic était contre le transfert des droits du joueur sur les stickers Panini et a donc refusé de transférer les droits à son image. Récemment, la star suédoise s’est aussi rebellée contre la marque EA Sports, qui utiliserait son image pour le jeu FIFA en toute impunité, sans recevoir aucune compensation à la hauteur de sa notoriété.

See also  Football féminin à Nogent-le-Rotrou. Un premier match de football pour seniors très encourageant

La polémique entre Kylian Mbappé et la FFF vient donc confirmer un phénomène observé depuis vingt ans et qui risque à terme de bouleverser l’écosystème du football et de faire de ce sport collectif l’un des sports les plus individualisés. . Force est de constater qu’aujourd’hui l’image du footballeur est aussi importante que son talent sportif. Un joueur de haut niveau est sportif, médiatisé et doit faire preuve d’honnêteté citoyenne.

Télécharger l'application

Télécharger l’application

Comment fonctionne la cession de ces droits collectifs à l’image dans d’autres sports ?

Les joueurs de l’équipe de France de rugby doivent aussi céder leur droit à l’image à la fédération, donc c’est un peu comme le football. Cependant, cet accord comprend une clause qui interdit aux marques de promouvoir un joueur spécifique, par exemple dans les publicités : Un minimum de trois à cinq joueurs est requis. Il s’agit donc d’empêcher un joueur spécifique d’être dévisagé.


des avis

Chronique

Le Pr Alain Fischer est professeur d'immunologie pédiatrique, professeur honoraire au Collège de France et membre des Académies de médecine et des sciences.Par le Pr Alain Fischer

La chronique de Marion Van Renthergem

La reine Elizabeth II, le 19 octobre 2017 à LondresPar Marion van Renthergem

La chronique de Pierre Assouline

Extrait d'un article du 8 octobre 1998 sur Jean-Luc Godard.Pierre Assouline

La chronique de Cécile Maisonneuve

Drapeaux de l'Union européenne à Bruxelles, Belgique, le 16 juin 2022Par Cécile Maisonneuve, Fondatrice de DECYSIVE et Conseillère au Centre Énergie Climat de l’IFRI.