En Espagne, les “serpents de la faim” sont gonflés par l’inflation

By | November 22, 2022

Tous les samedis, ce maçon vénézuélien vient récupérer les courses d’une association installée dans le quartier populaire d’Aluche pendant la pandémie pour venir en aide aux habitants en difficulté. “Je gagne 1 200 euros par mois et ma femme 600 euros” pour un travail à temps partiel comme aide domestique. “Mais on a trois enfants” et “une fois qu’on a payé les 800 euros de loyer et les 300 euros de charges, il ne nous reste plus grand-chose”, explique Hugo Ramirez.

“On voit arriver de nouvelles familles”

Comme lui, des milliers d’entre eux font la queue pour se nourrir à plusieurs endroits de la capitale espagnole chaque week-end. Un phénomène connu sous le nom de « files d’attente de la faim », qui a été alimenté par la hausse de l’inflation ces derniers mois. “Chaque semaine, de nouvelles familles dans le besoin arrivent, surtout depuis la guerre en Ukraine”, ce qui a accentué la hausse des prix, explique Raul Calzado, bénévole au Réseau d’entraide d’Aluche (Rama).

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L’association, qui distribue sept tonnes de nourriture par semaine, principalement grâce au soutien de la Banque Alimentaire, vient désormais en aide à 350 ménages. Mais au train où vont les choses, “nous en aurons 400 d’ici la fin de l’année”, prédit Raul Calzado. Derrière lui, une dizaine de bénévoles s’affairent dans une salle remplie de cartons de pâtes, de conserves et de couches pour bébés. À l’extérieur, d’autres s’occupent des familles alignées le long du bâtiment, dont beaucoup sont des immigrants.

PIERRE-PHILIPPE MARCOU/AFP

Des mesures jugées insuffisantes

« Certains bénéficiaires n’ont aucun revenu. Mais on a aussi de plus en plus de retraités avec de petites pensions ou des personnes qui travaillent mais dont le salaire n’est pas suffisant vu “l’inflation courante””, précise Elena Bermejo, vice-présidente de l’association. Selon l’Institut national des statistiques, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 15,4 % d’une année sur l’autre en octobre, la pire lecture en près de 30 ans. Le sucre a même augmenté de 42,8 % et les légumes de 25,7 %.

Face à cette dynamique, le gouvernement de gauche espagnol a multiplié ces derniers mois ses mesures de soutien au pouvoir d’achat. Mais ils sont jugés insuffisants par les associations. “Pour certaines familles, il est même devenu difficile d’acheter un litre d’huile d’olive ou un kilo de lentilles”, souligne Elena Bermejo. La situation est aussi compliquée pour les associations. “Avec l’inflation, on assiste à une diminution des dons”, des personnes avec “moins d’argent”, pointe Luis Miguel Rupérez, porte-parole de l’Association espagnole des banques alimentaires.

Un ménage espagnol sur sept est touché

Un sujet d’inquiétude pour l’organisation, qui vient en aide à plus de 186 000 personnes dans la région de Madrid et 1,35 million dans toute l’Espagne – presque l’équivalent d’une ville comme Barcelone. “Le problème, c’est que lorsque les prix montent, on peut acheter moins de nourriture”, explique Luis Miguel Rupérez. Depuis janvier, le gouvernement fédéral a ainsi collecté 125 000 tonnes de nourriture contre 131 000 tonnes à la même période l’an dernier.

PIERRE-PHILIPPE MARCOU/AFP

Selon une étude de l’Université de Barcelone publiée plus tôt cette année, un ménage espagnol sur sept est confronté à “l’insécurité alimentaire” en raison d’un manque d’accès à des produits sains et nutritifs. Une situation que peu de gens dans un pays en proie à une insécurité chronique espèrent voir s’améliorer à court terme.