“Il n’y a pas d’instructions pour faire un homme”

By | September 22, 2022

Pour ses nouveaux camarades de lycée, Sasha est une mystérieuse jeune fille. Même ses amis les plus proches ne connaissent pas son secret : il est né intersexe, avec des organes génitaux masculins et féminins. Pour lui/elle, cette dernière année ne sera pas seulement le lycée, mais aussi une décision difficile : Sasha décidera-t-elle de se faire opérer ? La créatrice de la mini-série, Yaël Langmann, plaide pour l’universalité du sujet.

Au-delà de l’histoire qui tourne autour du héros/héroïne, c’est le portrait d’une génération pas forcément affectueuse…

Je pense qu’ils sont géniaux. Ce à quoi vous pensez aujourd’hui est difficile ! Et pourtant ils sont dans une démarche de réflexion, d’analyse, d’ouverture d’esprit… Je n’ai pas voulu en faire un portrait angélique, j’ai voulu me demander : « Comment peux-tu le faire quand tu sais que la planète est ruiné, qu’on s’interroge trop sur sa sexualité etc. ? »

La série mêle l’universel et l’intime au questionnement de Sasha sur son corps et son identité. Mais peut-on s’adresser à tous les publics quand on parle d’intersexualité ?

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Dire que quelqu’un est né intersexué – on disait hermaphrodite, c’est extrêmement violent à l’âge où on découvre la sexualité -, c’est lui donner un caractère universel. La puberté est un âge où l’on veut se normaliser. Logiquement, nous voulons vraiment que nos désirs soient calqués sur les autres, quitte à nous perdre complètement. Cela fait de Sasha un personnage universel : il est pris dans ce tourbillon de désir mimétique.

Auriez-vous pu choisir un autre type de personnage ?

L’idée est de parler de singularité pour arriver à l’universel. Cela aurait pu être un personnage mixte dans un monde extrêmement blanc.

Sasha est confrontée à des discours qui la dépassent, d’abord avec un militant de la “cause”, puis avec le milieu médical, très codifié. Ne pensez-vous pas embêter les deux côtés ?

S’il brûle un peu, ce n’est pas grave. C’est ce que nous voulions explorer dans la série : il n’y a pas de manuel sur la façon de fabriquer un humain. Le médecin, par exemple, n’a pas voulu le ridiculiser : il sort de ses études et est confronté pour la première fois à un problème qu’il ne connaît pas, mais nous ne voulions pas qu’il soit complètement dogmatique. .

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Alors change-t-il de ton au fur et à mesure ?

Il se rend compte qu’il a affaire à quelqu’un, un patient (presque) comme les autres.

Loé, l’activiste, prend la position inverse, évoquant même des “termes médicaux” comme s’il s’agissait d’un gros mot.

La parole que nous lui laissons porter marque la fatigue que nous devons ressentir, toujours réduits à ce corps et non saisis dans sa totalité psychologique, sociale, intellectuelle. Travailler avec le collectif intersexe m’a aussi appris à ne pas réduire les gens à un attribut physique.

Comprenez-vous que ce discours peut faire réagir les gens ?

Nous n’emmenons ni drogue ni personne devant les tribunaux. Nous posons des questions sur la place de chacun dans la société.