L’Expression : Culture – “Ma prochaine collection s’appellera nedjma”

By | November 23, 2022

Il s’appelle Lhakim alias Monsieur She. Il fait partie des exceptions de la scène de la mode algérienne. « Atelier She », c’est la maroquinerie et les bustiers en particulier, mais pas que ! Atelier Elle fait tout à la main. Sa dernière collection de mai dernier s’appelait “Declaration of Love”. « Ça peut être n’importe quel amour, un sens au sens général, l’amour pour son pays, pour ses enfants… » Atelier Elle nous confie : « J’ai voulu me réconcilier avec moi-même à travers cette collection – même chose. Redonner en moi une vérité, mais avec des bases nouvelles, plus saines… » La Mode à l’Atelier Elle se veut à la fois sophistication et audace, glamour et rock ‘n’ roll. L’artiste aime rompre avec les règles de la mode traditionnelle, même si elle est parfois commentée de manière délicate, comme ce pantalon ouvert rappelant le serual d’Alger. L’architecture, cependant, est le pendant de ses inspirations. «Ma vision découle en partie de mon amour de l’architecture moderniste post-indépendance, qui est courante en Algérie. Je citerai particulièrement l’Université de Bab Ezzouar, celle des frères Mentouri de Constantin, qui est très moderne. Il y a une sorte de minimalisme dans les lignes. C’est ce que j’aime à chaque fois que je vais en Algérie pour visiter et voir ce genre d’endroit. Et d’indiquer : « Je me suis inspiré d’Oscar Niemeyer, Daniel Grataloup, qui, entre autres, a réalisé le Musée des dinosaures dans le sud algérien. J’aime aussi ce bloc géométrique qu’est l’hôtel El Aurrasi.
L’architecture est l’une de mes principales sources d’inspiration », déclare Lhakim. “Atelier She” avoue, se référant à ses études, que même s’il rêvait de devenir pilote d’avion dans son enfance, il voulait inconsciemment être architecte. « Après mon bac, j’ai étudié le marketing du luxe. Immédiatement après avoir obtenu mon diplôme, j’ai fait du modélisme pendant deux ans et j’ai appris, par exemple, comment construire une épaule…».
Avec les mots techniques qu’il maîtrise, Lhakim nous parle des écoles de couture qui lui ont servi plus tard pour donner de la force et de la structure aux vêtements qu’il confectionnait… Cette force, atelier Elle aime insuffler dans ces vêtements, pour que la personne qu’elle porte elle se sent forte !
« En fait, cela peut donner un peu plus de confiance à la femme. Et c’est pareil avec les humains… » acquiesce notre interlocuteur.
Et d’ajouter : “C’est pour ça que j’ai voulu dans ”Declaration of Love” que les garçons se sentent à l’aise dans leur pantalon et ne soient pas étouffants dans des vêtements moulants…”.
rester dans l’air du temps
A la question comment Atelier She « pense » une collection ? Ce dernier nous répond aussitôt : « Je conçois et réfléchis une collection en relation avec mon environnement. Dépend de la météo! A moi de capter l’air du temps en rencontrant des gens qui vont me parler de musique rap, par exemple d’architecture, de tout et de rien… Et à partir de ce moment là l’inspiration commence à venir, alors, je fonce, pour dessiner des morceaux selon ce que j’ai aussi reconnu auparavant. Je me dis que c’est plus facile pour moi de faire cette jupe car elle existe déjà. Je l’ai déjà comme modèle. Alors je le fais différemment avec un tissu différent, par exemple. À partir de là, les couleurs se mettront en place. C’est la palette de couleurs qui me permet ensuite d’acheter les tissus et de faire cette collection. Et de poursuivre : « Ensuite, il y a le design. 50% j’utilise les patrons que j’ai déjà pour les retravailler dans de nouveaux tissus avec de nouvelles couleurs et les 50% restants sont basés sur du moulage sur un mannequin Stockman. Sinon, en coulant un modèle, j’essaie de trouver un moule qui correspond à la collection ici.” Rappelons que la première collection d’Atelier She en Algérie date de novembre 2017. Présentée à l’école Artissimo, elle a été conçue et fabriquée en France, où vit Atelier She, bien qu’il soit souvent en Algérie, où il revient plusieurs fois par an pour humer la terre de ses parents, à Jijel. Cette première collection / Showcase s’appelait Rouge Rehearsal. “C’est une de mes collections préférées”, affirme Atelier She.
Et d’expliquer pourquoi et sa démarche : « Parce que les matières sont belles. On était sur des formes allongées en forme de I. J’ai voulu travailler avec l’esprit des colonnes de la Grèce antique. Et puis ce défilé a été une sorte de répétition pour moi avant de commencer à faire d’autres collections. Une sorte d’introduction à ce qui allait se passer ensuite », confie notre élégante artiste d’un air hautain. “Wilaya des roses” est le nom de sa deuxième collection, romantique, qu’il présentera à Alger en juillet 2018. Par la suite, “AFRKN (African Queen)” est née, qui s’était présentée lors de la tenue de la “CAN” en Algérie avait remporté la coupe. “Ça m’a électrisé ! M’avait vraiment donné le pouvoir le jour de sa présentation et m’avait permis de la présenter avec plus de pouvoir. Je voulais qu’une reine africaine soit à l’honneur. C’était le cas !”.
Hommage aux femmes algériennes
Depuis mai dernier, Atelier She prépare doucement mais sûrement sa nouvelle collection, qui portera le nom très fort et symbolique « Nedjma ». Ce sera sa manière de rendre hommage à ce roman iconique de Kateb Yacine, mais aussi “à la femme algérienne dans toute sa complexité”, avoue-t-il. Et de nous raconter le making of de cette collection, qui verra le jour en février 2023 : « Il y a quelque temps j’ai eu l’idée de confectionner des costumes pour une pièce autour de Nedjma qu’un groupe d’amis voulait mettre en scène. Ce projet n’a pas abouti et il s’est retrouvé dans les tiroirs, mais après avoir lu le roman je suis tombé sous le charme de ce chef d’oeuvre, à partir de là j’ai vraiment eu envie d’aller au bout de ce projet, mais cette fois à ma manière », déclare Lhakim avec enthousiasme. Et de poursuivre : “Aujourd’hui j’ai envie de faire une nouvelle collection de vêtements en essayant de retranscrire et de réinterpréter ce livre sous forme de vêtements mais aussi à l’aide d’une scénographie… Cela aura lieu fin février 2023, à Alger”. Amoureuse des arts sous toutes leurs formes, Atelier She aime souvent allier la mode, la danse, mais aussi les arts visuels. Ses défilés de mode sont particuliers car ils sont vus comme des vitrines de leur propre art et rassemblent différents supports artistiques. Bref, une nouvelle vision de la mode ! Pour preuve, Atelier She travaille avec un artiste pour chaque collection. Il soumet une de ses vestes en cuir à un artiste plasticien et lui demande de dessiner ou de broder quelque chose en dessous, selon un thème donné.
Toujours dans sa dernière collection “Declaration of Love” on a pu reconnaître des sculptures de Mustapha Boucetta trônant au milieu du podium. “Parce que j’adore tout simplement l’art, les artistes… quand j’ai le temps je vais au Musée des Beaux-Arts… Et j’apprécie aussi toute cette nouvelle génération d’artistes qui bouillonne, comme Serdas… Des artistes de rue comme Sadek ou Anis Spectre faisant des choses, ce que j’aime bien. Je m’en inspire aussi beaucoup.” Souvenir flashback. Avant qu’elle ne devienne elle, notre créatrice était styliste. Cela lui a permis de travailler pour de nombreuses maisons de haute couture françaises. Il partage fièrement son CV pour nous. “Soon after After mes études, j’ai travaillé pour Stéphan Roland, qui était designer et directeur artistique de la maison Jean-Louis Scherrer. C’était ma toute première expérience dans la mode, où j’ai dû travailler sur des broderies, des boutons, des formes et des silhouettes… Puis J’ai travaillé pour Alber Elbaz. Je ne suis pas resté longtemps avec lui. J’ai aussi fait un passage chez Azzedine Alaïa. Ce fut une très belle expérience. C’est là que mon amour pour le cuir a commencé. J’ai commencé à aimer ce qu’il fait, à suivre de près ce qu’il fait. J’ai trouvé qu’il y avait une sorte de complicité entre ce qu’il avait fait et ce que j’aimais beaucoup : tout ce travail du cuir, les courbes du corps, j’aimais beaucoup chez lui…”.
Un voyage plein d’expériences
Petite pause, nostalgie, avant de poursuivre avec un brin de pédagogie pour savoir qui fait quoi et comment : « J’ai aussi réalisé une collection en tant que directrice artistique pour la maison de Madeleine Vionnet, qui à l’époque était concurrente de Gabriel Chanel. Un jour elle assiste à un spectacle de danse contemporaine et est éblouie par ces corps et se met à enlever les corsets et confectionner des robes en biais…. *Elle prendra cette technique comme un fer de lance qu’elle réalisera tout au long de sa carrière. Après sa mort, sa maison a été reprise par une ancienne maison qui a souhaité la revitaliser en 2009/2010. J’ai fait deux collections pour elle et cela m’a permis de me plonger dans les archives de cette grande créatrice. Puis je suis allé chez le styliste Nino Cerruti. J’étais l’assistante de Jean-Paul Knott, le directeur artistique. Je l’ai aidé dans la réalisation de sa collection. » Bien que Lhakim travaille désormais en France au niveau commercial pour de belles maisons de couture de luxe comme Balmain, qu’on ne présente plus, il n’a jamais cessé de s’accrocher à sa passion pour la mode puis a décidé de devenir lui-même pour commencer à construire sa propre maison. C’est ainsi que l’épopée Elle est née ! Du prêt-à-porter frais et contemporain que Lhakim confectionne tout seul, patiemment et habilement à la maison. Il passe beaucoup de temps à faire ça. Classique et discret, cet homme raffiné mais simple préfère faire parler de lui grâce à ses collections qui caractérisent les esprits et font toujours la différence. Cela seul est le génie d’un artiste !

See also  Les Sims 5 sont actuellement en développement, voici un premier aperçu de leur présentation