« Ma femme Martine ? Il fallait que ce soit une âme sœur.”

By | September 12, 2022

A l’occasion de la parution du livre “Hinault” (112 pages, 19,90 €), Prolongation propose aux abonnés numériques de Ouest-France des contenus de la première édition de sa nouvelle collection, éditée par les Éditions Ouest-France. Découvrez aujourd’hui la seconde des quatre parties issues de l’entretien fleuve que nous a accordé Le Blaireau.

En ce matin de mars, le ciel était gris et la pluie fine et immobile assombrissait un peu plus les façades de granit de Calorguen dans les Côtes-d’Armor. Bernard Hinault regardait par la fenêtre. Il ouvrit, cordialement, prêt. Il m’a invité à m’asseoir autour de la table en bois de la cuisine. Il posa ses coudes dessus, ses mains actives dessus. Bernard Hinault a le pouvoir des matins frais et des locaux.

Le fils, Mickaël, traversa la pièce et dit quelques mots à son père alors que nous continuions une discussion entamée plus tôt. Il s’agissait de l’admission des réfugiés ukrainiens, de la préfecture “tout est toujours compliqué” hausser les épaules. Un peu plus tard, Martine, sa femme, traversa la pièce à la recherche de son chargeur de téléphone portable.

L’entretien a d’abord duré une heure et demie à son domicile. Puis il a continué jusqu’à la table de La Vieille Braise, une jolie maison familiale au centre de la commune de Lanvallay, à quelques minutes en voiture, où il ne fallait pas perdre la roue du Blaireau, offensif dans les virages. Bière blonde, bol de fruits de mer, pavé de saumon aux spaghettis de courgettes, onctuosité fruitée, café fort.

Donc trois heures avec ce type qui vous renifle d’abord et puis s’arrange ; qui vous regarde en chuchotant, qui frappe, qui déboutonne ensuite heure après heure. Jusqu’à ce que ce soit drôle, provocateur, soulagé, clarifié, toujours simple, direct, vrai. Hinault ne peut être qu’Hinault. Des romanciers pour le reste, des écrivains pour étirer leurs peines.

Quelle paysannerie avez-vous connue quand vous étiez enfant ?

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Mes oncles étaient agriculteurs. Ils n’avaient fait aucune étude pour savoir quoi mettre dans les champs. Les coopératives leur ont dit. Et ils ont mis. Ils cultivaient du blé qu’ils vendaient tout en gardant une petite portion pour nourrir leurs vaches et leurs cochons. Il n’y avait pas d’usines alimentaires comme aujourd’hui.

As-tu aidé aux travaux de la ferme, mon petit ?

Oui, il y avait encore les chevaux. Quand t’es un branleur, c’est marrant. Je me souviens du battage à l’ancienne avec l’énorme machine dans la cour. J’étais fou de joie. Dès que je suis sorti de l’école, j’ai couru voir la batteuse.

Vous avez acheté cette ferme en 1983, quelques années avant la fin de votre carrière cycliste. Envisagez-vous de le convertir ?

non Mais peut-être était-ce le fait d’avoir fait partie de tout cela qui signifiait que je ne me sentais pas enfermé dans un bureau. J’ai eu cette opportunité d’acheter la ferme, alors je l’ai fait. Lorsque vous commencez à courir, vous pensez davantage à la compétition. Je n’ai pensé à ma reconversion que deux ou trois ans après la fin.

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“Mes parents ne m’ont jamais dit non”

Ses deux fils n’ont pas repris la ferme.

En 2006, j’ai soudainement perdu un beau-frère. 27 juillet. Le jour de l’arrivée du Tour de France. J’ai travaillé comme un fou, toujours en mouvement. Sa mort…