Peut-on jouer au football dans les îles bretonnes ?

By | September 22, 2022

Seules les deux plus grandes îles bretonnes ont aujourd’hui leur propre club de football. Mais l’enthousiasme et les idées ne manquent pas.

Quentin Labelle, président de l’US Groix, pose rapidement les termes : « Le football sur le continent est de velours. Nous, sur l’île, pratiquons le même sport, mais pas dans les mêmes conditions. Mais je n’échangerais le maillot USG contre un autre pour rien au monde. Créé en 1936, l’US Groix (D3) est une véritable institution de l’île du Morbihan – “dans chaque famille il y a quelqu’un qui a un lien avec le club” – et est l’un des deux seuls clubs insulaires de Bretagne à participer à la compétition officielle.

©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/Nicolas Creach.  21 septembre 2022 Insel BatzFaire durer un club sur une îleBallon, football.
Le SC Batzat est un club de football non officiel de l’île de Batz. (Photo Nicolas Créach)

Il y a plus d’une décennie, l’Ile-aux-Moines (56) et l’Ile d’Houat (56) avaient aussi leurs représentants en short, mais les deux équipes se sont aujourd’hui éteintes. Le second, l’AS Belle-Île-en-Mer (D2), fondée en 1937, a enregistré quatre équipes cette saison et, avec ses 5.500 habitants, s’apparente davantage au fonctionnement d’un club classique.

Le bateau, 50% du budget

Son président, Yannick Guellec, souligne également qu'”il y a peu de différences entre Belle-Ile et les clubs du continent, mis à part le fait qu’on arrive en bateau”. Un détail à gros chiffres pourtant dans les économies des deux associations sportives. Car si à l’US Groix le défi logistique représente “un gros tiers” du budget total du club (4 000 euros), à l’ASBI il en représente la moitié (24 000 euros). Dépenses amorties par les subventions de la ville et les sponsors qui se réjouissent de leur accès facile.

©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/Nicolas Creach.  21 septembre 2022 Insel BatzFaire durer un club sur une îleBallon, Football.
Le football et les îles bretonnes sont-ils incompatibles ? Le SC Batzat avait fait des demandes pour inscrire une équipe. (Photo Nicolas Créach)

Si ces deux-là ont prouvé que sur le plan financier un club insulaire peut exister, d’autres facteurs peuvent bloquer l’envie d’évolution. Par exemple, le SC Batzat, le club officieux de l’Insel Batz (29), connu pour son tournoi d’été, a demandé il y a quelques années d’intégrer un championnat. “La commune a cru à une blague !”, répond Nicolas Glidic, son président. Cela aurait pu se faire au niveau de l’organisation des compétitions, de la logistique avec le bateau, des effectifs, mais pas au niveau des infrastructures. Notre territoire n’est pas sanctionné… » En effet, à quelques pas de la côte, il est protégé par la législation et ne peut être étendu.

Sur l’Ile de Bréhat (22), Stephan Morlevat a poussé à un relooking de la place, mais la mairie juge “utopique” la naissance d’une équipe de foot dans un futur proche : “Il y a toute une génération d’adultes qui n’existe pas ici : les 18-25 ans. Il y a eu des tentatives d’entraînement, mais ça n’a pas duré.

PHOTO Lionel Le Saux / LE TÉLÉGRAMME.  BREHAT (22) : Vue aérienne de l'île de Bréhat, Archipel de Bréhat.
Stéphan Morlevat, conseiller municipal à Bréhat (22), juge “utopique” l’implantation d’un club de football sur l’île. (Photo d’archive Lionel Le Saux)

Bizarrement essayé…

Car, outre les contraintes logistiques et structurelles, l’aléa démographique inhérent à la plupart des îles bretonnes fait du bilan un projet complexe. “Nous recommençons chaque été à zéro avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes. Être président d’un club insulaire est une énorme charge mentale, je n’ai jamais vécu une pré-saison calme», confirme le Groisillon Quentin Labelle, dont le club a été mis à l’écart en 2015 et ne compte plus qu’une équipe depuis un an.

PHOTO EUGENE LE DROFF/LE TELEGRAMME.  BREST (29) LE 20060926 : île d'Ouessant Lampaul et phare du Créac'h (au fond)
Il y avait un club de volley à Ouessant. (Photo d’archive François Destoc)

Un temps, Ouessant et ses quelque 830 habitants ont réussi à constituer et valider une équipe… mais ils ont tapé dans le ballon de la main : « Notre équipe de volley était inscrite au championnat FSGT (1) et on a bien mis le pied ! Mais il fallait passer au moins une nuit sur la terre ferme pour ça », explique Denis Palluel, maire de l’île du Finistère. Côté football, on parle davantage de temps libre sportif et d’entraînements hebdomadaires, dont le maire lui-même s’occupait il y a plus de dix ans : “Ça me manque, c’était de grands moments”. Ici, cependant, l’éloignement du continent reste un frein, tout comme la dégradation de la population : la traversée depuis Brest dure au moins deux heures, et les dessertes sont moins fréquentes que vers Groix ou Belle-Ile.

Un tournoi entre îles ?

Sur l’île de Sein (29), le duo infrastructures et démographie sévit : « Quand j’étais petit, on était toujours 1400 sur l’île et on jouait nord contre sud. Depuis, l’île s’est vidée, il y a jusqu’à 200 habitants en plein hiver, et le terrain où l’on jouait sert maintenant d’héliport », introduit le maire de Sénan, Didier Fouquet.

Alors si monter un club de foot peut nous rappeler l’inégalité des chances dans les îles, des envies, comme une compétition occasionnelle entre nous, naissent. Ce week-end, Les Insulaires, le festival des îles du Ponant, aurait pu être le premier écrin de cette idée. “Cette année un tournoi de football était prévu, mais il n’y avait pas de place sur l’Île-aux-Moines”, confirme Jean-Benoît Beven, organisateur du festival. Mais si l’île qui accueille le festival le souhaite à l’avenir, nous pouvons y arriver. » Le port est ouvert…

PHOTO FRANCOIS DESTOC / LE TELEGRAM BELLE ILE EN MER (56) : Le Palais port d'arrivée sur l'île
Par sa superficie et sa population (5 500 habitants), l’AS Belle-Île-en-Mer (ici Le Palais, son port d’arrivée) est plus proche du fonctionnement d’un club continental que les autres clubs insulaires. (Photo d’archive François Destoc)


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