Pourquoi le football doit s’adapter (rapidement) au changement climatique

By | November 23, 2022

Ces dernières années, de nombreux événements sportifs majeurs ont été touchés par des événements climatiques extrêmes : typhon qui a forcé le report de plusieurs matchs lors de la Coupe du monde de rugby 2019 au Japon, air irrespirable lors de l’Open de tennis d’Australie 2020 en raison des feux de brousse, report de la Marathon olympique plus au nord pour échapper à la chaleur étouffante de Tokyo. La situation est similaire avec les Jeux olympiques d’hiver, dont l’avenir est incertain.

Et le football n’est pas épargné non plus.

Les meilleures équipes nationales se sont réunies au Qatar pour participer à la 22e édition de la Coupe du Monde de la FIFA. Pour la première fois de son histoire, l’événement, qui fait également l’objet de plusieurs critiques sociales et environnementales, aura lieu à la fin de l’automne en raison de la chaleur intense qui afflige le pays durant l’été et pourrait affecter la santé des spectateurs. et les athlètes.

Y aura-t-il encore une coupe du monde de football en 2100 ? Comment la pollution affecte-t-elle les performances des joueurs ? Doit-on choisir entre aimer le football et lutter contre le changement climatique ?

En tant que chercheurs en sciences de l’exercice, nous proposons de faire la lumière sur l’impact du changement climatique sur le football de demain.

Football : victime ou bourreau du changement climatique ?

La combinaison des données historiques et des scénarios d’émissions actuels montre que l’élévation du niveau de la mer, l’intensification des vagues de chaleur, le risque accru de mégafeux et d’inondations et la détérioration de la qualité de l’air constituent des menaces majeures pour la pratique du football amateur et professionnel. Cependant, le football n’est pas seulement victime du changement climatique. En fait, il y contribue de manière significative, comme en témoigne l’empreinte carbone annuelle des joueurs de Premier League (championnat anglais de football), qui est estimée à 29 tonnes d’équivalent CO₂, et ce rien que pour les déplacements.

Cela représente près de trois fois l’empreinte carbone annuelle des citoyens britanniques et dépasse de loin l’objectif mondial de 2 tonnes par personne fixé pour respecter les engagements de l’Accord de Paris (COP21).

Interruption d'un match au Brésil en raison d'un incendie en 2019
Le match du Brésil 2019 suspendu en raison d’un incendie – (Capture d’écran YouTube)

​Chaleur, tempêtes, inondations : quelles implications pratiques ?

À court terme, les principales inquiétudes portent sur la mauvaise qualité de l’air et la chaleur, qui pourraient affecter la santé des spectateurs, des athlètes et des athlètes, ainsi que leurs performances. Certaines instances dirigeantes sportives telles que la Major League Soccer (MLS) ou l’Alberta Soccer au Canada fixent déjà des seuils de sécurité pour réglementer le déroulement des événements lors d’épisodes de forte chaleur et de pics de pollution.

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Comme ces conditions devraient devenir plus fréquentes dans un proche avenir (le mercure devrait dépasser 30 °C plus de 50 jours par année dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal et Toronto d’ici 2050-2080), il est possible d’estimer une augmentation du nombre de reports et d’annulations de séances d’entraînement et de matchs. Ajoutez à cela l’impact potentiel des incendies sur les infrastructures et la détérioration des terrains en gazon naturel due aux sécheresses et aux restrictions d’irrigation en été. Ces pays pourraient également être affectés par des conditions hivernales de plus en plus difficiles.

En Angleterre, une étude de 2013 fait état de 3 à 13 semaines d’indisponibilité sur certains terrains naturels en raison de précipitations plus intenses. À plus long terme, si les émissions de gaz à effet de serre continuent leurs tendances actuelles, l’élévation du niveau de la mer et des inondations plus fréquentes pourraient constituer une menace opérationnelle temporaire ou permanente pour les activités des clubs, mettant ainsi en péril l’avenir du football dans certaines régions du monde.

Les stades de 23 équipes professionnelles en Angleterre pourraient être partiellement ou totalement inondés chaque saison d’ici 2050, selon un rapport basé sur un modèle. De tels événements se sont déjà produits à Montpellier en France (2014) et à Carlisle en Angleterre (2015), laissant le pays inutilisable pendant plusieurs mois.

Des hommes portant des planches traversent un terrain de football inondé dans le district de Jukyty à Asuncion, au Paraguay, le 4 avril 2019. Plus de 20 000 personnes ont été évacuées après que des pluies torrentielles ont provoqué d'importantes inondations.
Des hommes portant des planches pataugent sur un terrain de football inondé dans le district de Jukyty à Asuncion, au Paraguay, le 4 avril 2019. Plus de 20 000 personnes ont été évacuées après que des pluies torrentielles ont provoqué des inondations majeures – AP Photo /Jorge Saenz

Dans certains contextes, les terrains en gazon artificiel offrent une alternative intéressante lorsqu’un terrain en gazon naturel est indisponible ou trop dégradé ; de plus, ils peuvent être utilisés sur une plus longue période de l’année. Cependant, les données montrent que ces terrains ont tendance à former des îlots de chaleur dont la température de surface peut être supérieure de 12 à 22°C à la température du gazon naturel. Ce niveau de température augmente le stress thermique que subissent les athlètes et, avec lui, les risques pour leur santé et leurs performances. Il en va de même pour la santé des arbitres, des entraîneurs et des spectateurs.

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Effets sur la santé et les performances des joueurs

La pollution de l’air affecte négativement la quantité et la qualité des passes, la distance parcourue et les efforts intenses des joueurs professionnels. Les pics de pollution pourraient même réduire drastiquement le nombre de buts marqués lors des matchs.

Il existe des preuves empiriques observées depuis plusieurs décennies que les chances de gagner sont plus élevées en jouant à domicile. Dans une ville polluée, cette augmentation est amplifiée lorsque l’équipe adverse vient d’une ville moins polluée. Pourquoi ? Étant donné que l’équipe d’accueil est habituée à des niveaux moyens de pollution de l’air plus élevés, ses performances seront moins affectées.

La chaleur et la déshydratation peuvent également affecter les performances des athlètes et par conséquent la qualité des jeux et du spectacle offerts. L’analyse des matchs de Brésil 2014 semble toutefois indiquer que la qualité du jeu n’a pas été affectée par la chaleur étouffante. Cependant, ces résultats doivent être interprétés avec prudence, car les athlètes d’élite tolèrent généralement mieux la chaleur et la déshydratation que les individus non entraînés.

Il est donc possible de supposer que les effets néfastes sur la santé et les performances sont plus importants chez les sportifs amateurs ou chez les joueurs plus âgés ayant des problèmes de santé spécifiques.

Les joueuses de l'équipe nationale du Japon boivent pendant leur séance d'entraînement à la veille du match entre le Japon et la Nouvelle-Zélande lors de la Coupe du monde féminine de la FIFA à Bochum, en Allemagne, le 26 juin 2011
Les joueuses de l’équipe du Japon s’hydratent pendant l’entraînement avant le match entre le Japon et la Nouvelle-Zélande lors de la Coupe du monde féminine de la FIFA à Bochum, en Allemagne, le 26 juin 2011 – AP Photo / Martin Meissner

Besoin urgent de changement : d’une approche réactive à une approche proactive

Le football, de par son ampleur et sa capacité à toucher un large public, peut jouer un rôle important dans la transition écologique en cours, notamment à travers des stratégies d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

La Fédération internationale de football (FIFA) a été l’une des premières associations sportives internationales à s’engager auprès de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques – Le sport pour la protection du climat – et à développer sa propre stratégie climatique. Plus précisément, la FIFA a lancé plusieurs initiatives qui s’articulent autour de trois objectifs principaux : (1) rendre le football apte à protéger le climat ; (2) protéger les tournois emblématiques des effets négatifs du changement climatique et (3) assurer le développement d’un football résilient.

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Afin d’atténuer l’impact du changement climatique sur ses opérations, le monde du football doit passer très rapidement d’une approche réactive à une approche proactive en agissant :

  • Interdire les sponsors de combustibles fossiles ;
  • Réorganiser les compétitions pour réduire les déplacements des athlètes et des supporters en obligeant les ligues professionnelles nationales à recommander les voyages en train sur de courtes distances ;
  • Promouvoir les transports en commun ou partagés pour les supporters et sportifs amateurs ;
  • Réduire la vulnérabilité des joueurs et des spectateurs en adaptant la réglementation et les activités : pauses-rafraîchissements plus fréquentes, possibilité de faire plus de changements pendant les matchs, révision des règles concernant la durée du jeu en cas d’égalité, déplacement des matchs vers une journée plus fraîche .

Le football n’étant pas le seul sport à être à la fois victime et victime du changement climatique, une action urgente est nécessaire de la part de l’ensemble du monde sportif pour continuer à jouer de manière ludique et en toute sécurité.

Expertise académique, normes journalistiques
Expertise académique, standards journalistiques – ㅤThe Conversation

Cette analyse a été rédigée par Thomas Deshayes, stagiaire postdoctoral en sciences de l’exercice à l’Université de Sherbrooke (Canada), et Paquito Bernard, professeur de sciences de l’exercice à l’Université du Québec à Montréal (Canada).

L’article original a été publié sur le site de La conversation.