Savez-vous planter des arbres ? Élégant…

By | September 21, 2022

Ce vendredi, il y aura des manifestations pro-climat partout au Québec, auxquelles participeront de nombreux candidats de la campagne.

Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, et le chef parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, ont déjà annoncé leur présence à la manifestation de masse à Montréal; Le président du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, y serait.

De leur côté, les chefs de la coalition Québec Avenir (CAQ) et du Parti conservateur (PCQ), François Legault et Éric Duhaime, ont décliné l’invitation. Rien d’étonnant : il serait inopportun que le premier ministre sortant presse le gouvernement d’agir ! Quant à Éric Duhaime, la plateforme environnementale de son parti se désintéresse complètement de la question : les réductions minimales de gaz à effet de serre ne sont même pas à l’ordre du jour.

Il n’est donc pas surprenant que le PCQ ne se soit pas engagé à réduire l’empreinte écologique de sa campagne électorale. Les quatre autres grands partis, en revanche, ont choisi de rester cohérents avec leur programme en visant des campagnes climatiquement neutres. Après tout, chacun promeut des objectifs spécifiques de réduction des GES. Mais même si les moyens pour y parvenir sont différents, les partis ont adopté la même approche pour la campagne : payer pour planter des arbres !

L’organisme privilégié par PLQ, PQ et QS pour cela est Carbone Boréal, qui gère un tel programme de compensation des gaz à effet de serre sous l’égide de l’Université du Québec à Chicoutimi depuis 2008. C’est du moins sérieux – ce qui n’est pas le cas de tous les programmes de ce type – car les arbres sont en train d’être plantés au nord du Lac-Saint-Jean.

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Il n’en demeure pas moins que cette façon très à la mode de compenser les déplacements par quelques arbres neufs finit par rappeler les indulgences de l’Église catholique d’antan : un péché, une pénitence, un pardon. Allez et ne péchez plus… Cela n’a pas pris longtemps.

Pourtant, les écologistes les plus rigoureux savent bien que la plantation d’arbres ne représente qu’une toute petite partie du travail de lutte contre le changement climatique. Ce n’est pas une panacée.

Même Claude Villeneuve, biologiste de renom et directeur de Carbone Boréal, le met en garde. Pour que l’opération soit valable, il faut des conditions très précises : voir sur quel sol l’arbre sera planté, assurer sa survie pendant 75 ans, et ne pas multiplier les coupes ailleurs.

Il faut porter une attention particulière à la poudre dans les yeux. Par exemple, le gouvernement de Justin Trudeau pousse son engagement à planter 2 milliards d’arbres en 10 ans pour lutter contre les changements climatiques. En 2021, première année du programme, des accords ont été conclus pour planter… 29 millions d’arbres.

Construire des partenariats prend du temps, s’est défendu Jonathan Wilkinson, ministre fédéral des Ressources naturelles et chargé du dossier. Il a ajouté que les arbres mettent du temps à pousser : il faut deux à trois ans pour que les semis deviennent suffisamment gros pour être plantés.

Ainsi, les gaz à effet de serre produits aujourd’hui seront compensés… dans quelques années. On s’en tient à la recette d’autrefois : je pêche, je paie, je n’y pense plus.

Je le souligne sans m’en moquer : c’est encore le cas pour la majorité de la population – moi y compris ! — exprime ses préoccupations environnementales. Bac brun, bac vert, métro ou vélo, un peu moins de viande, ça vous donne bonne conscience. Mais est-ce suffisant ? Bien sûr que non. faire plus? Phew…

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(Le même genre de “ouf” qui a permis au gouvernement fédéral de soutenir un nouveau projet d’exploration pétrolière, Bay du Nord, au printemps dernier; le même “ouf” justifiant le développement des autoroutes au Québec…)

C’est pourquoi j’ai trouvé plus intéressant de lire dans le dossier la démarche de la candidate libérale Virginie Dufour que La Presse+ était consacré à l’empreinte écologique des candidats dimanche dernier.

Ancien conseiller municipal de Laval, il a été président du conseil consultatif en environnement de cette métropole de la banlieue de Montréal. Elle est donc peut-être très sensibilisée à la question : végétarienne, adepte de la voiture électrique, elle cherche des moyens d’en faire plus. Cela a compensé les déplacements de son équipe de bénévoles et, plus exceptionnellement, l’utilisation des médias sociaux par son équipe. Celles-ci émettent, oublions-le, beaucoup plus de gaz à effet de serre que d’afficher des affiches électorales, avec tous ces serveurs informatiques qui les font tourner partout dans le monde, y compris dans de nombreux endroits où l’électricité n’est pas la même eau qu’au Québec !

Certes, Virginie Dufour s’est aussi engagée à planter des arbres de façon neutre en carbone, mais elle a trouvé un projet pour le faire en milieu urbain, à Laval même. De quoi lutter contre les îlots de chaleur et faire respirer la ville. Très simple mais suffisamment proche des gens pour inspirer l’idée de faire plus, de faire mieux, de faire autrement.

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Ce n’est pas seulement ici que l’impact environnemental des campagnes électorales est de plus en plus mis en évidence. Lors de la campagne pour l’élection présidentielle française au printemps dernier, le quotidien ouest de la france avait même directement posé la question : Peut-on légalement limiter l’empreinte carbone des candidats comme on le fait pour les dépenses de campagne ?

Cela comprendrait un suivi précis des déplacements, du papier utilisé, de l’activité du site Web, de la nourriture servie, etc. C’est trop compliqué, sophistiqué… ou trop avant-gardiste, répondent les spécialistes interrogés par le quotidien. De plus, aucun pays n’a introduit une telle disposition.

Le fait que les partis au Québec se plient à la pratique témoigne donc d’une prise de conscience intéressante. Mais avouons-le : il reste encore un long chemin à parcourir pour vaincre notre timidité collective lorsqu’il s’agit de réduire notre consommation d’énergie et de changer notre façon de vivre – ce qu’on appelle en fait des décisions politiques !

Et pour qu’ils soient efficaces, ils doivent être, oui, sophistiqués.

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